Rejet du PLFR 2026 au Sénégal : Aïssata Tall Sall met Pastef face à ses contradictions
Deux jours après le rejet du projet de loi de finances rectificative pour 2026, Aïssata Tall Sall a porté le débat devant l’opinion. La présidente du groupe parlementaire Takku Wallu reproche à Pastef d’avoir écarté le texte avant toute discussion générale. Elle interpelle aussi le gouvernement sur ses choix budgétaires, notamment la hausse de certaines dépenses courantes et la baisse des investissements prévus.
Un vote qui a clos la discussion avant l’examen du texte
Le mardi 3 novembre, les députés ont adopté une question préalable déposée par Amadou Ba, membre du groupe parlementaire Pastef. La motion a recueilli 109 voix pour, 20 contre et trois abstentions. Son adoption a entraîné le rejet du projet de loi avant la discussion générale. Le texte avait déjà été écarté à deux reprises par la Commission des finances et du contrôle budgétaire, les 23 et 30 octobre.
Pour Aïssata Tall Sall, la gravité du vote tient à ce que les groupes parlementaires n’ont pas pu exposer leurs arguments sur le fond. Elle a également expliqué l’abstention de Takku Wallu lors du premier examen en commission. Selon elle, les échanges entre le gouvernement et la majorité manquaient de clarté. En prenant la parole devant la presse, elle dit vouloir rendre publics les arguments que son groupe comptait défendre dans l’hémicycle.
La sincérité du budget au cœur de la dispute
Pour justifier son rejet, la majorité parlementaire a mis en cause la sincérité des prévisions du projet rectificatif. Aïssata Tall Sall lui oppose son soutien à la loi de finances initiale pour 2026. À l’époque, rappelle-t-elle, Takku Wallu jugeait déjà les prévisions de recettes trop optimistes. La députée demande donc à Pastef d’expliquer pourquoi il invoque aujourd’hui la sincérité budgétaire alors qu’il avait défendu les hypothèses du budget initial.
Les investissements publics dans le viseur de Takku Wallu
La présidente du groupe d’opposition conteste aussi les arbitrages de l’exécutif. Le projet prévoyait 535 milliards de FCFA supplémentaires pour les achats de biens et services et les transferts courants. Dans le même temps, les crédits d’investissement, sur ressources internes et externes, devaient reculer de 555 milliards de FCFA par rapport au budget initial. Aïssata Tall Sall s’interroge sur les conséquences qu’aurait eues cette baisse pour les chantiers publics, notamment les routes, les écoles, les hôpitaux et les forages, ainsi que pour l’emploi des jeunes.
Le gouvernement explique l’augmentation de ces dépenses courantes principalement par les subventions à l’énergie. Le projet prévoyait aussi des moyens supplémentaires pour la protection sociale, la sécurité et certaines dépenses de santé. Quant au déficit, le texte le réévaluait de 5,4 % à 7,6 % du PIB. Le ministre Cheikh Diba a présenté ce dernier chiffre comme un plafond à ne pas dépasser. Il a également contesté l’accusation d’insincérité et estimé que le rejet du texte priverait les populations de mesures de soutien prévues par l’État.
En portant la discussion devant la presse, Takku Wallu renvoie chacun à ses choix. À Pastef, le recours à une procédure qui a clos le débat avant l’examen du texte. Au gouvernement, un projet qui réduisait les crédits d’investissement au moment où le déficit était revu à la hausse. Le vote du 3 novembre a écarté le projet. L’exécutif doit désormais préciser quelles mesures il compte maintenir et comment il entend les financer.


