Épargne solidaire : quand les femmes deviennent leurs propres banquières
Autour d’une caisse commune, des femmes perpétuent une pratique fondée sur l’épargne, la confiance et la solidarité. Bienvenue dans l’univers des associations villageoises d’épargne et de crédit. Un mécanisme proche de la tontine traditionnelle mais qui se distingue par sa souplesse.
Nous arrivons en pleine séance de collecte des cotisations. Autour d’une caisse commune, ces femmes perpétuent une pratique fondée sur l’épargne, la confiance et la solidarité. Bienvenue dans l’univers des Associations villageoises d’épargne et de crédit, plus connues sous l’acronyme AVEC. Un mécanisme proche de la tontine traditionnelle, mais qui se distingue par sa souplesse : chacune contribue selon ses possibilités et peut, en cas de besoin, bénéficier d’un prêt alimenté par les économies du groupe. Une véritable banque de proximité, sans les lourdeurs habituelles du système bancaire.
Gamou Gueye, présidente d’un groupement féminin : « Vous nous trouvez justement en pleine collecte des cotisations. Nous avons adopté le système AVEC, qui signifie Association villageoise d’épargne et de crédit. Il permet aux femmes de mettre régulièrement de l’argent de côté et de bénéficier, lorsqu’elles en ont besoin, de prêts remboursables. Nous fixons ensemble une date pour l’ouverture de la caisse et le partage des fonds. À cette échéance, chaque membre récupère son épargne, à laquelle peuvent s’ajouter les bénéfices générés par les intérêts des prêts. Entre-temps, celles qui rencontrent des difficultés financières peuvent emprunter dans la caisse commune. Ce système nous évite de recourir systématiquement aux banques. Nous nous soutenons mutuellement, avec des intérêts très modestes qui profitent finalement au groupement. Une partie des bénéfices nous permet également d’acheter des vêtements. »
Au fil des années, cette forme de financement communautaire s’est imposée comme un précieux instrument d’entraide au Sénégal. Accessible, flexible et fondée sur la confiance, elle séduit des femmes, mais aussi certains hommes. Pour ses adeptes, qui préfèrent parfois conserver l’anonymat, son principal avantage réside dans la possibilité de faire face aux difficultés financières sans s’engager dans des procédures bancaires contraignantes. Une liberté particulièrement appréciée par celles qui en ont fait l’expérience.
Ndeye Arame Thiam, adhérente : « Grâce à ce système, nous n’avons plus besoin de nous tourner systématiquement vers les banques. On ne nous impose ni des taux d’intérêt exorbitants ni des garanties qui pourraient mettre en péril nos maisons ou nos autres biens. C’est une formule particulièrement avantageuse. Il nous arrive de solliciter un prêt à des heures tardives et, lorsque la caisse le permet, nous obtenons rapidement l’argent nécessaire, dans la plus grande discrétion. Nous renouvelons cette expérience depuis plusieurs années parce qu’elle répond réellement à nos besoins. C’est un système qui nous rassure et nous facilite considérablement la vie. »
Car au-delà de l’épargne, c’est surtout la capacité à répondre aux urgences du quotidien qui fait la force de ce dispositif. Dépenses imprévues, rentrée scolaire, fêtes religieuses ou obligations familiales : autant de charges qui peuvent fragiliser les budgets des ménages. Ici, pas de longues files d’attente ni de dossiers interminables. La proximité entre les membres et la simplicité des formalités permettent, sous réserve des fonds disponibles, de trouver rapidement une solution. Une souplesse qui fait toute la différence, comme l’explique encore la présidente du groupement.
Gamou Gueye, présidente d’un groupement féminin : « Nos maris ne refusent pas de nous soutenir financièrement, mais ils n’en ont pas toujours les moyens. Ils contribuent à la hauteur de leurs possibilités et nous essayons, de notre côté, de compléter ce qu’ils nous donnent. C’est précisément là que le système AVEC prend toute son importance. Il nous permet de faire face aux imprévus, mais aussi aux grandes dépenses familiales, notamment à l’approche de la Tabaski ou de la rentrée scolaire. Contrairement aux procédures bancaires, nous n’imposons pas de formalités compliquées. Pour bénéficier d’un prêt, nous demandons simplement une photocopie d’une pièce d’identité. Tout repose sur la confiance, la solidarité et le respect des engagements. »
Derrière ces modestes cotisations se dessine une ambition bien plus grande : celle de femmes déterminées à conquérir leur autonomie financière sans renoncer aux valeurs de solidarité. Une épargne après l’autre, elles bâtissent leur propre filet de sécurité, loin des guichets bancaires. La preuve qu’avec peu de moyens, mais beaucoup de confiance, la solidarité peut devenir un véritable levier d’émancipation économique.