Mody Niang : une vie de combat pour l’éducation, la transparence et la bonne gouvernance
Enseignant, inspecteur de l’enseignement, essayiste et ancien porte-parole de l’OFNAC, Mody Niang avait consacré sa vie à transmettre le savoir et à interroger l’exercice du pouvoir. Retour sur le parcours d’un homme dont la liberté de ton aura marqué le débat public sénégalais.
Avant la figure publique, il y eut l’homme d’école. Instituteur, professeur, puis inspecteur de l’enseignement élémentaire, Mody Niang avait construit sa carrière dans l’éducation. Géographe de formation, il appartenait à cette génération d’enseignants pour laquelle la transmission du savoir allait de pair avec la formation de citoyens capables de questionner la marche de leur pays.
Cette préoccupation l’accompagnera bien au-delà de sa carrière professionnelle. À la retraite, il poursuit son engagement par l’écriture et les interventions publiques. La gestion des ressources de l’État, la corruption et la responsabilité des gouvernants deviennent les sujets récurrents de ses analyses. Selon l’Agence de presse sénégalaise (APS), il était notamment connu pour ses nombreuses contributions dénonçant la corruption et la politisation des fonds publics.
Mody Niang se distinguait par un ton direct et une critique volontiers tranchante. Ses prises de position suscitaient l’adhésion comme la contradiction. Il assumait de prendre parti dans les débats qui traversaient le Sénégal, avec une attention particulière portée à l’écart entre les promesses des dirigeants et leur pratique du pouvoir.
L’écriture comme engagement citoyen
Ses ouvrages retracent une partie de cette vigilance. Dans Qui est cet homme qui dirige le Sénégal ?, publié en 2006, il proposait une lecture critique du pouvoir d’Abdoulaye Wade. Il poursuivra son examen des gouvernances successives, notamment avec Sept longues années du président-politicien à la tête du Sénégal, consacré à Macky Sall et publié en 2024.
D’un régime à l’autre, ses écrits revenaient sur les mêmes exigences : rendre compte, protéger les deniers publics et combattre l’utilisation partisane de l’administration. Ses livres constituent ainsi une trace de ses engagements et des controverses politiques auxquelles il a participé.
De l’OFNAC au conseil d’administration du Soleil
Son parcours l’avait également conduit à l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption. Conseiller technique et porte-parole de l’OFNAC, il avait quitté ses fonctions en 2016, estimant difficile de concilier les contraintes de cette mission avec la poursuite de ses prises de position publiques.
Plus tard, il avait affiché son soutien à Ousmane Sonko et à Pastef. En août 2024, il était nommé président du conseil d’administration de la société éditrice du quotidien national Le Soleil. Il avait pris ses fonctions en septembre, avant d’annoncer sa démission en mars 2025.
Dans des explications rapportées par l’APS, Mody Niang avait invoqué des raisons essentiellement de santé. Il estimait ne plus pouvoir exercer cette responsabilité avec l’efficacité attendue. Il avait toutefois précisé que son départ ne remettait pas en cause son engagement auprès des nouvelles autorités, dont il entendait accompagner l’action tant qu’elles resteraient fidèles aux principes annoncés.
De l’éducation à la lutte contre la corruption, des ouvrages critiques aux responsabilités institutionnelles, Mody Niang aura occupé plusieurs places dans la vie nationale. Son décès, ce samedi 17 octobre 2026, referme le parcours d’un homme qui avait fait de la parole publique un prolongement de sa vocation d’éducateur.